Chasse au gibier d'eau : définition et pratiques

Chasse au gibier d'eau : définition et pratiques

La chasse au gibier d’eau est une activité de passionnés, se déroulant principalement dans les zones humides telles que les marais, les étangs et les littoraux. Elle se distingue par la diversité de ses pratiques, adaptées aux espèces et aux territoires. Cette chasse comprend différentes approches comme la chasse à la botte, la passée, la hutte, ou encore la chasse en bateau. Chaque méthode requiert un savoir-faire particulier et des équipements spécifiques, dont le camouflage est un élément clé pour déjouer la méfiance des oiseaux. Pratiquée le plus souvent de nuit ou aux lueurs du jour, elle est intimement liée aux caprices de la météo, le vent et la pluie jouant un rôle déterminant dans le succès des sorties.

Définition de la chasse au gibier d’eau et ses particularités

La chasse au gibier d’eau désigne l’ensemble des pratiques cynégétiques visant à prélever des oiseaux migrateurs ou sédentaires inféodés aux milieux aquatiques. Cette activité ancestrale se concentre sur une faune variée, dont la connaissance fine est indispensable pour tout pratiquant. Elle se caractérise par une forte dépendance à l’environnement et aux conditions climatiques, qui dictent les mouvements des oiseaux.

Les espèces concernées

Le terme « gibier d’eau » englobe une large catégorie d’oiseaux. On y retrouve principalement les anatidés, qui constituent le cœur de cette chasse. Il est possible de les classer en plusieurs groupes :

  • Les canards de surface : comme le canard colvert, la sarcelle d’hiver ou le canard siffleur, qui se nourrissent en basculant à la surface de l’eau.
  • Les canards plongeurs : tels que le fuligule milouin ou le fuligule morillon, qui cherchent leur nourriture en plongeant plus profondément.
  • Les oies et les cygnes : dont la chasse est très réglementée.
  • Les limicoles : incluant les bécassines des marais et les vanneaux huppés, chassés principalement à la botte.
  • Les rallidés : comme la foulque macroule ou la poule d’eau.

Un lien indissociable avec les zones humides

Cette chasse ne peut se concevoir sans la préservation de son biotope. Les zones humides, qu’il s’agisse de marais intérieurs, de vallées inondables, de lagunes côtières ou du domaine public maritime, sont les théâtres de cette pratique. Le chasseur de gibier d’eau est souvent un gestionnaire de son territoire, entretenant les niveaux d’eau, préservant la végétation et veillant à la quiétude des lieux. C’est une chasse qui impose une immersion totale dans la nature et une compréhension aiguë des écosystèmes.

La connaissance du terrain et des espèces est donc fondamentale, mais elle doit s’accompagner d’une maîtrise des différentes techniques de chasse, qui varient considérablement selon le lieu et le moment de la saison.

Les méthodes de chasse en zone humide : à la botte, à la passée et à la hutte

Les stratégies pour chasser le gibier d’eau sont multiples et codifiées. Elles répondent à des traditions, des réglementations et des comportements spécifiques des oiseaux. Trois grandes méthodes se distinguent par leur popularité et leur efficacité.

La chasse à la botte ou devant soi

Cette méthode est une chasse active et itinérante. Elle consiste à parcourir à pied les milieux humides, comme les roselières ou les prairies inondées, souvent avec l’aide d’un chien d’arrêt ou d’un leveur de gibier. Le chasseur cherche à surprendre les oiseaux dans leur lieu de repos diurne. C’est la technique de prédilection pour la chasse de la bécassine des marais, un oiseau dont le vol en zigzag met à l’épreuve l’adresse du tireur. Le succès repose sur une bonne condition physique, une connaissance des remises du gibier et la complicité avec son chien.

La chasse à la passée

Pratique très répandue, la passée est une chasse de poste qui se déroule aux heures crépusculaires. Le chasseur s’installe, soigneusement camouflé, à un endroit stratégique que les canards survolent pour rejoindre leurs zones de gagnage la nuit ou leurs zones de repos le jour. L’action se concentre sur deux courtes périodes : la passée du matin (avant le lever du soleil) et la passée du soir (après le coucher du soleil). L’usage d’un chien de rapport est quasi indispensable pour retrouver les oiseaux tombés dans l’obscurité ou dans une végétation dense.

La chasse à la hutte, à la tonne ou au gabion

Il s’agit d’une chasse nocturne depuis un affût fixe et camouflé, dont le nom varie selon les régions : hutte dans le nord, tonne dans le sud-ouest et gabion en Normandie. Le principe est d’attirer les oiseaux sauvages à portée de tir sur un plan d’eau grâce à des appelants. Ces derniers peuvent être des canards vivants (les appelants) ou des formes en plastique (les blettes ou formes). Le chasseur passe des heures, voire toute la nuit, dans son installation, à guetter les « poses ». Cette chasse est très technique et demande une grande patience et une parfaite maîtrise de la disposition des appelants.

Caractéristique Chasse à la botte Chasse à la passée Chasse à la hutte
Mobilité Élevée (marche) Faible (affût fixe) Nulle (installation fixe)
Moment Journée Aube et crépuscule Nuit
Gibier principal Bécassines, limicoles Canards de surface Canards de surface et plongeurs
Usage du chien Chien d’arrêt / Leveur Chien de rapport Chien de rapport

Pour mettre en œuvre ces différentes approches, le chasseur doit disposer d’un matériel adapté, car l’eau, le froid et la nécessité de se fondre dans le décor imposent des choix rigoureux.

Les équipements essentiels pour la chasse au gibier d’eau

L’équipement du chasseur de gibier d’eau est le fruit d’une adaptation constante aux conditions difficiles des milieux humides. Confort, discrétion et sécurité sont les maîtres-mots qui guident ses choix.

L’habillement : se protéger et se camoufler

La tenue vestimentaire est primordiale. L’élément le plus emblématique est sans doute la paire de waders ou de cuissardes, qui permet d’évoluer dans l’eau tout en restant au sec. La veste de chasse doit être imperméable, respirante et silencieuse. Le choix du motif de camouflage est également crucial : il doit correspondre à l’environnement de chasse (roseaux, marais, champs de maïs, etc.) pour une dissimulation optimale. Les gants et une coiffe (casquette, bonnet ou cagoule) complètent la panoplie pour masquer les parties les plus visibles du corps.

L’armement et les munitions

Le fusil de chasse utilisé est généralement un calibre 12, souvent semi-automatique pour sa capacité de trois tirs. Les canons longs sont privilégiés pour les tirs à distance. Une contrainte majeure concerne les munitions : la loi impose l’usage de munitions de substitution au plomb (acier, bismuth, tungstène) dans toutes les zones humides pour des raisons environnementales. Le choix du type et de la taille de la grenaille dépend de l’espèce chassée et de la distance de tir.

Les accessoires indispensables

Au-delà de la tenue et de l’arme, une série d’accessoires facilite la pratique et augmente les chances de succès. La panoplie du sauvaginier inclut souvent :

  • Les appeaux : pour imiter les cris des différentes espèces de canards ou d’oies et les attirer.
  • Les formes et appelants : des leurres en plastique ou des oiseaux vivants disposés sur l’eau pour simuler une zone de quiétude et inciter les oiseaux sauvages à se poser.
  • Le sac à dos ou la gibecière : pour transporter le matériel, les munitions et le gibier prélevé.
  • La lampe frontale : indispensable pour les déplacements nocturnes à la passée ou à la hutte.

Bien équipé, le chasseur doit cependant composer avec un facteur qu’il ne maîtrise pas mais qu’il doit savoir interpréter : la météo.

L’importance des conditions météorologiques et du vent dans la chasse au gibier d’eau

Plus que dans toute autre chasse, la météo est un acteur central de la chasse au gibier d’eau. Elle influence directement le comportement des oiseaux, leurs routes migratoires et leurs habitudes quotidiennes.

Le vent, meilleur allié du chasseur

Le vent est sans conteste l’élément le plus important. Un vent soutenu et constant a plusieurs effets bénéfiques. D’une part, il incite les oiseaux à voler plus bas pour s’abriter des rafales, les rendant plus accessibles au tir. D’autre part, il les contraint à se poser face au vent pour mieux contrôler leur approche, ce qui rend leur trajectoire plus prévisible. Un chasseur expérimenté saura toujours se positionner et orienter ses appelants en fonction de la direction du vent.

Le rôle de la pluie, du froid et du brouillard

Les conditions dites « mauvaises » sont souvent excellentes pour la chasse. Une pluie fine et persistante ou une couverture nuageuse basse obligent les canards à voler plus bas. Le froid, surtout s’il est intense et durable, pousse les oiseaux à migrer vers le sud ou à se déplacer davantage pour trouver de la nourriture sur des plans d’eau non gelés. Le brouillard, quant à lui, peut être à double tranchant : s’il désoriente les oiseaux et les fait se poser n’importe où, il réduit aussi considérablement la visibilité du chasseur.

Cette dépendance aux éléments se double d’un cadre réglementaire strict qui régit les pratiques, notamment les plus spécifiques.

Réglementation et pratiques spécifiques : chasse en bateau, levée d’étang

Outre les méthodes traditionnelles, il existe des formes de chasse au gibier d’eau plus confidentielles ou collectives, soumises à une réglementation précise pour garantir la sécurité et la gestion des espèces.

La chasse des colverts et sarcelles en bateau

Relativement peu pratiquée en France, la chasse en bateau consiste à approcher silencieusement le gibier qui se repose sur l’eau. Elle se pratique sur de grands plans d’eau, des rivières ou le domaine public maritime. La réglementation est très stricte : il est formellement interdit de tirer depuis une embarcation à moteur en marche. Le moteur doit être coupé et l’erre du bateau doit être nulle au moment du tir. Cette technique exige une grande discrétion et une parfaite connaissance des habitudes des oiseaux.

La battue, ou levée d’étang

La levée d’étang est une chasse collective organisée. Le principe est de faire lever le gibier d’eau d’une zone de repos (un étang, une roselière) pour le diriger vers une ligne de chasseurs postés. Des rabatteurs, souvent en bateau sans moteur (barques à rames), parcourent la zone pour pousser les oiseaux, principalement des canards colverts et des foulques macroules, vers les tireurs. Cette chasse nécessite une organisation rigoureuse pour assurer la sécurité de tous les participants.

Quelle que soit la méthode, le succès dépend toujours de la capacité du chasseur à se faire oublier, en déjouant les sens particulièrement affûtés des oiseaux.

Vision et comportement des canards : stratégies de camouflage et discrétion

La méfiance légendaire du gibier d’eau repose en grande partie sur des capacités sensorielles exceptionnelles, notamment une vision très performante. Comprendre comment les canards perçoivent leur environnement est la clé pour espérer les approcher.

Une vision panoramique et une détection du mouvement

Les canards possèdent un champ de vision de près de 340 degrés grâce à la position latérale de leurs yeux. Cette vision quasi panoramique leur permet de surveiller leur environnement sans avoir à bouger la tête. Ils sont en outre extrêmement sensibles au moindre mouvement. Une main non gantée, un visage découvert ou le balancement d’un canon de fusil suffisent à alerter un oiseau à plusieurs centaines de mètres. De plus, des études suggèrent qu’ils perçoivent les couleurs différemment de nous, et sont sensibles aux ultraviolets, ce qui peut faire ressortir certains tissus synthétiques ou des plastiques mal choisis.

L’art de la dissimulation

Face à de tels atouts, la stratégie du chasseur repose sur deux piliers : le camouflage intégral et l’immobilité absolue. Le camouflage ne se limite pas à la veste et au pantalon. Il doit couvrir toutes les parties du corps, y compris le visage et les mains, qui sont des points de repère clairs pour les oiseaux. Le matériel, du fusil au thermos, doit également être camouflé ou de couleur neutre et mate. L’immobilité est tout aussi cruciale. Le chasseur doit apprendre à se déplacer lentement et à ne faire les gestes nécessaires au tir qu’au tout dernier moment, lorsque les oiseaux sont engagés dans leur phase d’approche finale.

La chasse au gibier d’eau est une discipline exigeante qui conjugue tradition, technicité et une profonde connaissance de la nature. Elle se décline en de multiples pratiques, de la quête solitaire du bécassinier à la veillée collective à la hutte, chacune avec ses propres codes et son équipement spécifique. La réussite est intimement liée à la capacité du chasseur à interpréter la météo, à comprendre le comportement des oiseaux et à se fondre dans le paysage des zones humides qu’il contribue, par sa passion, à préserver.

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