L’entorse de la cheville représente l’un des traumatismes articulaires les plus courants, survenant aussi bien dans le cadre d’une activité sportive que lors d’un simple faux pas dans la vie quotidienne. Face à cette lésion des ligaments, le bandage, ou strapping, s’impose comme une réponse de première intention. Cette technique de contention souple est un pilier de la prise en charge, visant à stabiliser l’articulation lésée, à contrôler l’œdème post-traumatique et à guider la cicatrisation ligamentaire, tout en permettant une reprise progressive et sécurisée de la mobilité. Maîtriser sa réalisation est donc un atout majeur pour les sportifs, les patients et leurs aidants.
Sommaire
ToggleQu’est-ce que le bandage entorse cheville ?
Le bandage pour une entorse de la cheville est bien plus qu’un simple enroulement de bande. Il s’agit d’une technique de contention thérapeutique précise qui a pour but de limiter les mouvements excessifs de l’articulation, notamment ceux qui ont provoqué la blessure, tout en préservant une certaine amplitude fonctionnelle. Il joue un rôle crucial dans le protocole de soins post-traumatiques.
Définition et rôle du bandage
Le strapping est une contention adhésive souple qui immobilise partiellement une articulation. Son objectif principal est de soutenir les ligaments endommagés en limitant les mouvements de torsion et de latéralité de la cheville. Contrairement à un plâtre, il n’entraîne pas une immobilisation totale, ce qui permet d’éviter l’amyotrophie et la raideur articulaire. Il agit sur plusieurs plans :
- Action mécanique : il stabilise l’articulation et prévient les mouvements douloureux ou dangereux pour les ligaments en cours de cicatrisation.
- Action anti-œdème : la compression exercée par le bandage aide à réduire le gonflement et l’hématome en favorisant le retour veineux et le drainage lymphatique.
- Action proprioceptive : la présence du bandage sur la peau stimule les récepteurs nerveux, améliorant la perception de la position de l’articulation dans l’espace et aidant le patient à mieux contrôler ses mouvements.
Les différents grades de l’entorse
L’utilité et le type de bandage peuvent varier selon la gravité de l’entorse, classifiée en plusieurs grades. Il est essentiel de connaître cette classification pour adapter la prise en charge. Un diagnostic médical est indispensable pour déterminer la sévérité de la lésion.
| Grade de l’entorse | Description de la lésion | Symptômes typiques | Indication du bandage |
|---|---|---|---|
| Grade 1 (Bénigne) | Simple étirement ligamentaire sans rupture. | Douleur modérée, léger gonflement, pas d’instabilité. | Très indiqué pour soulager et sécuriser. |
| Grade 2 (Modérée) | Rupture partielle d’un ou plusieurs ligaments. | Douleur vive, œdème important, hématome, instabilité modérée. | Essentiel pour stabiliser l’articulation. |
| Grade 3 (Grave) | Rupture complète d’un ou plusieurs ligaments. | Douleur intense, impossibilité de poser le pied, instabilité majeure. | Souvent insuffisant, une immobilisation plus stricte (attelle, plâtre) est nécessaire. |
Une fois la nature de la blessure identifiée et la pertinence d’un bandage confirmée, il convient de rassembler le matériel adéquat pour sa réalisation.
Matériel nécessaire pour un bandage efficace
La réussite d’un bandage de cheville dépend grandement de la qualité du matériel utilisé et de sa bonne sélection. Un équipement inadapté pourrait non seulement rendre la contention inefficace, mais aussi provoquer des irritations cutanées ou un inconfort. Il est donc primordial de se munir des bons outils avant de commencer.
Les composants indispensables du strapping
Pour réaliser un bandage de contention dans les règles de l’art, plusieurs éléments sont requis. Chaque produit a une fonction spécifique et complémentaire des autres. Voici la liste du matériel de base :
- La bande de protection cutanée (sous-couche) : il s’agit d’une fine bande de mousse non adhésive qui se pose directement sur la peau. Elle la protège des irritations et des allergies liées à la colle des bandes adhésives et facilite le retrait du bandage.
- Le spray adhésif : appliqué sur la peau ou sur la sous-couche, ce spray renforce l’adhérence des bandes, garantissant une meilleure tenue du montage dans le temps et pendant l’effort.
- Les embases : ce sont des bandes adhésives non élastiques qui servent de points d’ancrage pour le reste du montage. Elles sont généralement posées sur le bas du mollet et sur le milieu du pied.
- Les bandes adhésives non élastiques : ce sont les bandes actives du montage. Leur rigidité permet de créer des étriers et des verrous qui limiteront les mouvements indésirables de l’articulation.
- La bande adhésive élastique : elle sert à fermer le bandage, à appliquer une compression uniforme pour lutter contre l’œdème et à homogénéiser l’ensemble du montage pour un meilleur confort.
- Une paire de ciseaux robustes : des ciseaux spécifiques, souvent à bouts ronds, sont nécessaires pour découper les bandes à la bonne longueur et pour retirer le bandage en toute sécurité.
Conseils pour le choix du matériel
Il est recommandé de privilégier du matériel de qualité médicale. Les bandes doivent avoir une bonne capacité adhésive sans être trop agressives pour la peau. La largeur des bandes est également un critère important : des bandes de 4 à 6 cm sont généralement utilisées pour une cheville d’adulte. N’hésitez pas à demander conseil à un pharmacien ou à un professionnel de santé pour choisir les produits les plus adaptés à votre situation.
Disposer du bon équipement n’est que la première étape. Une préparation minutieuse de la zone à bander est tout aussi fondamentale pour garantir l’efficacité et le confort du dispositif.
Préparation essentielle avant de bander une cheville
Avant même de dérouler la première bande, une phase de préparation est indispensable. Elle garantit non seulement une meilleure adhérence et efficacité du bandage, mais aussi le confort du patient et la prévention des complications cutanées. Cette étape ne doit jamais être négligée.
Préparation de la peau
Une peau propre et sèche est la condition sine qua non pour une bonne tenue du strapping. Il faut suivre une procédure simple mais rigoureuse. Premièrement, nettoyez soigneusement la zone allant du bas du mollet jusqu’aux orteils avec de l’eau et du savon, puis séchez-la parfaitement. Toute trace d’humidité, de crème ou d’huile compromettrait l’adhérence. Pour les personnes ayant une pilosité importante, il est fortement conseillé de raser la zone. Cette précaution évite la douleur lors du retrait du bandage et permet aux bandes de coller directement à la peau ou à la sous-couche. Enfin, l’application de la sous-couche en mousse protectrice est cruciale pour isoler la peau de la colle et prévenir les réactions allergiques.
Positionnement correct de l’articulation
Le positionnement du pied et de la cheville pendant la pose du bandage est un facteur déterminant de son efficacité. Le patient doit être confortablement installé, de préférence assis sur une table d’examen ou une chaise, le genou légèrement fléchi. La cheville doit être maintenue dans une position dite « fonctionnelle » ou « neutre ». Cela signifie que le pied doit former un angle de 90 degrés avec la jambe. Cette position de flexion dorsale est essentielle car elle correspond à la position du pied lors de la marche. Si le bandage est appliqué avec le pied en extension (pointe vers le bas), il deviendra trop lâche et inefficace dès que le patient se mettra debout.
Une fois la peau préparée et l’articulation correctement positionnée, on peut procéder à l’application des bandes en suivant une méthodologie précise.
Techniques d’application du bandage : étape par étape
La pose d’un bandage de cheville est une procédure qui requiert méthode et précision. Chaque bande a un emplacement et une fonction spécifiques. La technique la plus courante et la plus efficace implique la création d’étriers et de « figures en 8 » pour un maintien optimal. Une bonne idée est de réaliser ces étapes dans le bon ordre.
Étape 1 : la pose des embases
Les embases sont les fondations du bandage. Elles servent de points d’ancrage solides pour toutes les autres bandes. Appliquez deux bandes circulaires de ruban adhésif non élastique, sans tension excessive pour ne pas couper la circulation. La première embase se place sur le tiers inférieur du mollet, au-dessus des malléoles (les os saillants de la cheville). La seconde se place au niveau du médio-pied, juste avant la base des orteils. Ces deux ancrages ne doivent pas se toucher.
Étape 2 : la réalisation des étriers
Les étriers sont les bandes actives qui limitent le mouvement de bascule de la cheville. En partant de l’embase du mollet sur la face interne, faites passer une bande non élastique sous le talon pour remonter la coller sur l’embase du mollet du côté externe. Appliquez une légère tension sur la bande au moment de passer sous le pied pour corriger la position de la cheville. Répétez l’opération deux à trois fois, en superposant les bandes et en les décalant légèrement vers l’avant et vers l’arrière pour couvrir toute la zone des malléoles.
Étape 3 : la technique en figure de huit
Cette étape est cruciale pour stabiliser l’ensemble de l’articulation. En partant de la face externe du pied, la bande passe sous la voûte plantaire, remonte en diagonale sur le cou-de-pied, fait le tour de la jambe juste au-dessus des malléoles, puis redescend en diagonale sur le cou-de-pied pour revenir à son point de départ. Ce trajet dessine une figure en huit qui verrouille efficacement le mouvement de la cheville. Répétez ce geste une à deux fois pour consolider le maintien.
Étape 4 : la fermeture et la compression
Une fois le montage de stabilisation terminé, il faut le fermer. Utilisez des bandes non élastiques pour recouvrir toutes les bandes actives, en partant du pied et en remontant vers le mollet, afin de ne laisser aucun « trou ». Enfin, terminez par l’application de la bande de compression élastique. Enroulez-la en partant des orteils et en remontant vers le mollet, en appliquant une tension modérée et uniforme. Cette dernière étape permet de contrôler l’œdème et d’assurer une finition propre et confortable.
Même si cette technique est très efficace, il existe des situations où elle n’est pas la plus adaptée, ou des cas où des solutions alternatives peuvent être envisagées.
Alternatives et solutions complémentaires au bandage
Bien que le strapping soit une méthode de référence, il n’est pas l’unique solution pour la prise en charge d’une entorse de la cheville. D’autres dispositifs, plus simples d’utilisation ou répondant à des besoins différents, peuvent être proposés. Ils peuvent être utilisés en remplacement ou en complément du bandage traditionnel, notamment dans les phases ultérieures de la guérison.
Les attelles et chevillères ligamentaires
Les chevillères représentent une alternative très populaire au bandage. Elles sont souvent plus faciles et rapides à mettre en place pour un patient non initié. On distingue plusieurs types :
- Les chevillères de compression élastique : elles fournissent un soutien léger et une compression pour gérer l’œdème. Elles sont surtout utiles pour les entorses bénignes ou en fin de rééducation.
- Les chevillères ligamentaires avec renforts : elles intègrent des renforts latéraux, rigides ou semi-rigides, qui offrent une stabilité mécanique bien supérieure, comparable à celle d’un strapping. Elles sont réutilisables, réglables et permettent une hygiène plus facile.
Le choix entre un bandage et une chevillère dépendra de la gravité de l’entorse, du stade de la guérison, de l’activité du patient et de l’avis du professionnel de santé. Une attelle peut être prescrite pour une immobilisation plus stricte dans les premiers jours d’une entorse modérée à grave.
Les bandes cohésives et le tape kinésiologique
D’autres types de bandes offrent des approches différentes. La bande cohésive, ou auto-adhérente, colle sur elle-même mais pas sur la peau. Elle est très pratique pour appliquer une compression rapide ou pour maintenir une poche de glace, mais elle offre un soutien articulaire très limité. Le tape kinésiologique (ou K-Taping) est une technique distincte. Ces bandes élastiques colorées ne visent pas à immobiliser, mais plutôt à influencer la fonction musculaire, à améliorer la circulation sanguine et lymphatique et à réduire la douleur en soulevant la peau. Il est souvent utilisé en complément, pendant la phase de rééducation, pour guider le mouvement et diminuer les douleurs résiduelles.
Quelle que soit la méthode de contention choisie, sa réussite dépend de l’absence d’erreurs lors de sa mise en place et de sa surveillance.
Erreurs courantes et conseils pour un bandage réussi
La pose d’un bandage de cheville, bien qu’efficace, n’est pas exempte de pièges. Une application incorrecte peut non seulement annuler les bénéfices attendus, mais aussi entraîner des complications. Connaître les erreurs fréquentes est le meilleur moyen de les éviter et d’assurer une contention à la fois sûre et performante.
Les pièges à éviter lors de l’application
Une contention réussie est une contention bien tolérée. Plusieurs erreurs classiques peuvent compromettre le résultat et le confort du patient. Il est impératif de rester vigilant sur les points suivants :
- La tension excessive : c’est l’erreur la plus fréquente et la plus dangereuse. Un bandage trop serré peut créer un « effet garrot », comprimant les vaisseaux sanguins et les nerfs. Cela peut provoquer des douleurs, un gonflement des orteils, une perte de sensibilité ou une coloration bleutée de la peau.
- Le manque de tension : à l’inverse, un bandage trop lâche sera tout simplement inefficace. Il ne fournira aucun soutien mécanique et ne préviendra pas les mouvements à risque.
- Les plis et les zones de surpression : toute irrégularité dans la pose des bandes (un pli, un croisement mal ajusté) peut créer un point de pression douloureux sur la peau, pouvant aller jusqu’à la formation d’ampoules ou de plaies.
- L’oubli de la protection cutanée : ne pas utiliser de sous-couche expose la peau à des irritations, des allergies à la colle et rend le retrait du bandage particulièrement pénible.
Conseils pour la surveillance et l’entretien
Une fois le bandage posé, une surveillance est nécessaire. Le patient doit être informé des signes qui doivent l’alerter. Il faut vérifier régulièrement la couleur, la sensibilité et la chaleur des orteils. Toute douleur anormale, tout engourdissement ou fourmillement doit conduire à retirer immédiatement le bandage. La durée de port d’un strapping est généralement de quelques jours, après quoi il doit être changé pour des raisons d’hygiène et pour vérifier l’état de la peau. Il est impératif de le protéger de l’eau lors de la douche. Si le bandage se mouille ou se détend, son efficacité est compromise et il doit être refait.
Un bandage bien réalisé et correctement surveillé est un atout majeur pour une guérison optimale. Il constitue la première étape d’un processus de récupération qui doit être poursuivi par une rééducation adaptée pour garantir un retour à la pleine fonction sans risque de récidive.
La maîtrise du bandage pour une entorse de la cheville est une compétence précieuse pour une prise en charge efficace de cette blessure fréquente. La clé du succès réside dans une application méthodique, depuis la préparation de la peau jusqu’aux techniques de pose spécifiques, en utilisant un matériel de qualité. Il est tout aussi crucial de connaître les erreurs à ne pas commettre et de savoir quand se tourner vers des alternatives comme les chevillères. Finalement, le bandage n’est que le point de départ d’une guérison qui nécessitera une rééducation progressive pour retrouver une cheville forte, stable et prête à reprendre toutes ses activités en toute sécurité.
