Dans l’imaginaire collectif, le bisou esquimau est ce geste tendre où deux personnes frottent le bout de leur nez. Si cette image est largement répandue dans la culture occidentale, elle est en réalité une interprétation simplifiée d’une pratique bien plus profonde et nuancée. Ce salut affectueux trouve ses racines chez les peuples inuits, où il porte le nom de kunik et revêt une signification intime, bien loin de la simple salutation ludique que nous connaissons.
Sommaire
ToggleOrigines et histoire du bisou esquimau
L’expression que nous appelons communément « bisou esquimau » n’est pas une invention récente. Son histoire est celle d’une rencontre entre deux mondes, celui des peuples de l’Arctique et celui des explorateurs occidentaux, qui a mené à une adaptation culturelle de ce geste singulier.
La découverte d’une pratique ancestrale
C’est au cours du 19e siècle que les explorateurs et missionnaires européens, en contact avec les peuples inuits, ont observé pour la première fois le kunik. Dans un environnement où les conditions climatiques extrêmes obligent à couvrir la quasi-totalité du corps, le visage, et plus particulièrement le nez et les joues, deviennent les principales zones d’expression de l’affection. Le kunik est alors apparu comme une forme de salutation et de tendresse adaptée à ce contexte, une alternative au baiser sur la bouche qui pouvait geler les lèvres par grand froid.
L’adaptation en Occident
Fascinés par ce geste, les Occidentaux l’ont ramené dans leur culture en le transformant. Le kunik originel, qui implique de presser son nez et sa lèvre supérieure contre la peau de l’autre pour humer son odeur familière, a été simplifié. Il est devenu un simple frottement de nez, perdant une partie de sa dimension sensorielle et intime. Le terme « bisou esquimau » est lui-même une construction occidentale, le mot « esquimau » étant un exonyme aujourd’hui considéré comme péjoratif par beaucoup, qui lui préfèrent le terme « inuit ».
Cette distinction entre le geste originel et son adaptation occidentale est fondamentale pour comprendre la véritable nature de cette pratique.
Le kunik inuit
Le kunik est bien plus qu’une salutation. C’est un acte d’affection profond, ancré dans les relations familiales et communautaires des cultures inuites. Il ne s’agit pas d’un baiser au sens où l’entend la culture occidentale, mais d’un geste unique avec ses propres codes et sa propre signification.
Une expression de l’intimité
Le véritable kunik consiste à presser son nez et sa lèvre supérieure contre la joue ou le front d’une personne aimée et à inspirer doucement. Ce geste permet de sentir l’odeur de la personne, une marque de reconnaissance et de profonde connexion. Il est dépourvu de toute connotation romantique ou érotique et s’apparente davantage à un câlin ou à une caresse. Il est pratiqué :
- Entre les parents et leurs enfants.
- Entre les membres proches d’une même famille.
- Entre partenaires, comme un signe de tendresse intime.
Un langage non verbal
Le kunik est une forme de communication puissante. Il transmet de l’amour, du réconfort et un sentiment de sécurité. Pour les Inuits, c’est une manière authentique d’exprimer ses sentiments sans passer par les mots, un geste qui renforce les liens sociaux et familiaux au sein de la communauté. Il n’y a pas de contact des lèvres, ce qui le différencie fondamentalement du baiser occidental.
Comprendre la complexité du kunik permet de mesurer l’écart qui le sépare de sa version popularisée, et d’analyser les différentes significations que ce type de geste peut revêtir à travers le monde.
Significations et variantes
Si le bisou esquimau occidental est souvent perçu comme un jeu ou une marque de tendresse légère, sa signification varie grandement une fois qu’on le compare à d’autres salutations nasales à travers le globe. Chaque culture y a insufflé sa propre symbolique.
Symbolique du geste à travers les cultures
Dans la culture occidentale, le bisou esquimau symbolise principalement la tendresse, la confiance et une affection platonique. Il est souvent partagé entre parents et enfants ou entre amis proches. D’autres cultures possèdent des gestes similaires, mais avec des significations distinctes. Le hongi, par exemple, est une salutation traditionnelle maorie en Nouvelle-Zélande. Il consiste à presser son nez et son front contre ceux de l’autre personne, symbolisant l’échange du « hā », ou souffle de vie.
Tableau comparatif des salutations nasales
Pour mieux visualiser ces différences, voici un tableau comparatif de quelques gestes similaires au kunik.
| Nom du geste | Culture d’origine | Description | Signification principale |
|---|---|---|---|
| Kunik | Inuit | Presser le nez et la lèvre supérieure contre la peau et inspirer. | Affection familiale, connexion intime. |
| Bisou esquimau | Occidentale | Frotter le bout de son nez contre celui de l’autre. | Tendresse, jeu, affection platonique. |
| Hongi | Maori (Nouvelle-Zélande) | Presser le nez et le front contre ceux de l’autre. | Partage du souffle de vie, salutation formelle et spirituelle. |
| Salut olfactif | Nomades mongols | Presser son nez contre la joue de l’autre pour sentir son odeur. | Respect, salutation pour les aînés. |
Cette diversité montre comment un geste en apparence simple peut être chargé de sens et de spiritualité, un patrimoine culturel qui a su trouver un écho inattendu dans la culture populaire moderne.
Un gain en popularité
Au cours des dernières décennies, le bisou esquimau a connu une popularité croissante bien au-delà des cercles polaires, devenant une image récurrente dans les médias et sur les réseaux sociaux. Cette diffusion massive a contribué à forger son image actuelle, tout en l’éloignant parfois de ses origines.
La diffusion par les médias et la culture pop
Le cinéma, les séries télévisées et la publicité ont largement contribué à populariser le bisou esquimau. Souvent représenté comme un moment mignon et innocent entre deux personnages, il est devenu un symbole universel de tendresse. Cette représentation a ancré le geste dans l’imaginaire collectif comme une alternative douce et ludique au baiser traditionnel, particulièrement adaptée pour exprimer l’affection envers les enfants.
L’ère des réseaux sociaux
Avec l’avènement des plateformes comme Instagram ou TikTok, le bisou esquimau est devenu un phénomène viral. Des milliers de photos et de courtes vidéos montrent des couples, des amis ou des parents partageant ce geste. Il est devenu un hashtag populaire, synonyme de complicité et de bonheur simple. Cependant, cette popularisation a aussi pour effet de standardiser le geste, le réduisant souvent à sa forme la plus simple, le frottement de nez, sans conscience de sa riche histoire culturelle.
Face à cette popularité, il peut être intéressant de savoir comment réaliser ce geste en respectant, dans la mesure du possible, son esprit originel.
Comment faire un bisou esquimau ?
Réaliser un bisou esquimau peut sembler simple, mais le faire avec respect et conscience de ses origines ajoute une dimension plus profonde au geste. Il ne s’agit pas seulement d’une technique, mais d’une intention.
Les étapes d’un geste respectueux
Pour partager un moment de tendresse inspiré du kunik, il est conseillé de suivre une approche douce et lente, bien loin d’un simple choc de nez. Voici quelques étapes pour un geste authentique :
- Approchez-vous doucement de la personne, en vous assurant que le geste est bienvenu et consenti.
- Au lieu de viser directement son nez, penchez-vous vers sa joue ou son front.
- Pressez délicatement votre nez et votre lèvre supérieure contre sa peau. Le contact doit être doux et non un frottement rapide.
- Vous pouvez accompagner le geste d’une légère inspiration, un clin d’œil à la dimension olfactive du kunik originel.
Au-delà de la technique : l’intention
Plus important que le mouvement lui-même, c’est l’intention qui compte. Le bisou esquimau, même dans sa version occidentale, est un geste de confiance et de proximité. Il doit être partagé dans un contexte d’affection sincère. Se souvenir de son origine comme un acte familial et intime chez les Inuits peut aider à lui redonner du sens et à ne pas le réduire à une simple mode passagère.
Du kunik inuit, acte d’affection profond, au bisou esquimau popularisé par la culture occidentale, le parcours de ce geste est révélateur de la manière dont les pratiques culturelles voyagent, se transforment et acquièrent de nouvelles significations. Comprendre ses origines permet non seulement de l’apprécier à sa juste valeur, mais aussi de rendre hommage à la culture dont il est issu. C’est un rappel que derrière un geste simple se cache souvent une histoire riche et complexe, un pont entre les traditions et la modernité.
